Lorsque je rencontre des binômes chien-humain que ce soit dans mes rendez-vous client ou lors de mes balades, j’observe comment l’humain parle à son chien. Et je me mets à la place du chien, est-ce que j’aimerais qu’on me parle comme ça et bien souvent, la réponse est non.
Il existe encore une idée reçue bien ancrée comme quoi il faudrait parler sèchement et fermement aux chiens, que c’est uniquement ainsi qu’ils obéissent. Pourtant au niveau neuronal, c’est l’inverse qui se produit alors le chien va être qualifié de têtu ou de désobéissant.
D’ailleurs, lors d’un rendez-vous client, je constate que l’humain appelle son chien en lui disant « Au pied ! », le chien ne vient pas… Je fais un rappel sous l’invitation en disant d’abord son prénom, et le chien que je venais juste de rencontrer s’est approché vers moi. Je dis alors à la personne : aimeriez-vous que je vous appelle par un « Au pied ! » pour que vous venez me voir ? Il me sourit un peu gêner et me confesse que son père l’appelait ainsi lorsqu’il était enfant et qu’il n’a jamais voulu l’obéir. Bah tient…
Je constate également, qu’une mauvaise communication incohérente est une des sources des problèmes de comportement.
Comment parler à son chien : mes conseils
Parler à son chien par la parole
Vous l’aurez compris, un chien va être davantage à votre écoute si vous le respectez et donc lui parlez calmement, comme à un ami.
Parler à son chien en commençant par son prénom
La première chose à faire est de lui apprendre son prénom et lorsque vous avez une demande à lui faire, commencer par dire son prénom. Cela va capter son attention.
Choisissez-en un qui lui plaise et qui vous plaise.
Lorsque j’ai choisi le prénom d’Arya, j’avais une liste et j’ai choisi celui-là car elle m’a regardé instantanément en le prononçant. C’est comme si elle l’avait choisi !
Dans la vidéo d’illustration, je teste différemment mot pour capter l’attention. C’est bien sur Arya son prénom, qu’elle se retourne.
Parler à son chien en lui disant « non ! » : bonne ou mauvaise idée ?
Il existe chez les professionnels de l’éducation canine un débat autour du « non ». Je crois qu’au fond, le problème n’est pas tant sur le fait de l’employer ou pas mais plutôt de ce qu’on en fait. Nous restons humains et c’est automatique de dire non lorsque notre chien adopte un comportement gênant. Se l’interdire crée chez nous de la culpabilité, ce qui peut aussi poser des problèmes dans la relation harmonieuse que nous voulons construire avec son chien.
Le « Non » permet, certes, de faire stopper le comportement.
Mais dire juste « Non », qu’est-ce que votre chien apprend vraiment ?
Ce que je conseille alors est de penser à mettre après ce non automatique, ce que vous attendez, avec l’objectif d’effacer le non. Et s’il vous échappe, ce n’est pas grave !
Par exemple, votre chien saute sur les invités, amicalement. Plutôt que de hurler « Non ! », vous pouvez lui demander « Tu restes au sol ? » et l’invité, s’il en a envie, peut le caresser, uniquement si les 4 pattes de votre chien sont bien au sol.
Parler à son chien sous le ton de l’invitation
J’entends aussi qu’il faut leur parler sèchement, de façon autoritaire.
Encore une fois, aimez-vous qu’on vous parle comme ça ?
Pour lui montrer que vous le respectez, parlez-lui sous le ton de l’invitation.
Un joli rappel est un « Arya, tu viens me voir ? » plutôt qu’un « Au pied !!! », comme j’en parlais dans l’introduction.
Et ce principe fonctionne pour toutes les demandes que nous avons envie de faire à notre chien. Voici quelques idées que j’utilise dans le quotidien avec ma chienne :
Arya, tu attends ?
Arya, tu laisses les cacas de chat ?
Arya, on fait demi-tour ? (lorsque j’ai besoin d’écourter la balade ou qu’elle revienne près de moi)
Arya, tu fais voiture ? (pour monter dans la voiture)
Arya, tu me fais de la place ? (pour partager le canapé)
Arya, tu restes avec moi ? (lorsque je la vois trop s’éloigner)
Arya, on traverse ?
Arya, on laisse passer les gens ? (lorsqu’on croise des personnes)
Arya, tu viens me voir et on rattache ? (un rappel avec son utilité)
Tellement de situations où je lui parle calmement, sans avoir à m’énerver. Et l’ambiance est bien agréable.
Et parler à son chien en « baby-talk » ?
Ce qu’on appelle le « baby-talk » est une façon de parler, notamment par des sons aigues, souvent utilisé par les jeunes parents avec leur bébé.
Certains humains l’utilisent avec leur chien.
Une étude a démontré que les chiens étaient réceptifs par le « baby talk », alors appelé « pet-talk ». Je vous mets un article sur le sujet ici https://animal-university.fr/blog/cafe-etho/le-baby-talk/
Outre le fait que je trouve cette façon de parler plutôt agaçante (et ça n’engage que moi), les sons aigues et autres joyeusetés autour de pet-talk peuvent également être un déclencheur d’excitation chez les individus excitables et excités. Je préfère alors ne pas l’utiliser, sauf éventuellement chez les individus montrant des signes de tristesse et/ou d’inhibition.
Parler à son chien par la gestuelle
Parler à son chien avec les émotions
Notre chien passe son temps à nous observer. Il arrive à déceler chez nous nos moindres intentions et nos émotions.
N’avez-vous jamais remarqué votre chien sur le qui-vive alors que vous vous apprêtez à vous lever pour le sortir ?
Une étude a démontré que, très tôt, les chiots reconnaissent la colère chez leur propriétaire car ce dernier se met en colère en rentrant et en constatant que le chiot a fait des dégâts. C’est pour cela que rapidement, le chiot prend un « air coupable » car il a associé votre retour à votre émotion de colère. En prenant cet air, il tente de vous apaiser.
De plus, nous passons notre temps à libérer des hormones associées à nos émotions. Avec le pouvoir extraordinaire de leur sens olfactif, nos chiens savent très bien ce que nous ressentons, dans quels états émotionnels nous sommes. Comme j’aime à dire, nous ne pouvons pas leur mentir.
Parler à son chien avec notre corps lors des balades
Notre gestuelle est également importante lors des balades.
Il vous suffit de placer l’orientation de votre corps là où vous voulez que votre chien aille pour qu’il vous suive.
C’est qu’on appelle le suivi naturel. Cette capacité chez le chien est acquise dès ses premières semaines, en suivant naturellement sa mère, sa figure d’attachement. En l’accueillant chez nous, nous occupons alors ce rôle d’être d’attachement.
Le suivi naturel est particulièrement puissant lors d’un rappel. En réalité, vous n’avez pas besoin d’utiliser la voix pour que votre chien vous suive.
Vous pouvez tester cela en balade. Au niveau d’un croisement de chemin, partez sur un chemin sans appeler votre chien, il vous rejoindra. Evidemment, commencez cet exercice, sans la moindre distraction aux alentours.
Parler à son chien avec notre corps pour le guider
Pour les chiens rencontrant une difficulté avec l’environnement, utiliser votre gestuelle est également une aide précieuse. Par exemple, avoir les épaules à la perpendiculaire de ce qui pourrait faire réagir votre chien permet de lui montrer que cela ne vous intéresse pas. Bien souvent, lorsqu’on sait que notre chien peut réagir, nous nous focalisons, yeux et corps, vers ce qui lui pose des problèmes. Et c’est une difficulté supplémentaire pour lui. Alors soyons aidant. Il est également intéressant dans ce genre de situation de pratiquer des techniques d’auto-régulation : si vous êtes dans l’accueil et la régulation de vos émotions, vous vous montrez sûr.e de vous pour votre chien, alors votre chien se régulera émotionnellement sur vous. Pour expérimenter ce genre de pratique, faites appel à un professionnel de l’éducation canine correctement formé à l’accompagnement de l’humain.
Parler à son chien : se faire accompagner par un professionnel
Pour adopter la bonne gestuelle avec votre chien, je vous invite vivement à faire appel à un éducateur comportementaliste canin à jour des connaissances sur le chien et les comportements canins, qui saura vous guider pour adopter la bonne posture corporelle. Car vous, vous vivez le moment mais vous ne vous voyez pas, il faut alors une personne extérieure qui saura vous observer puis vous conseiller et ajuster.
Parler à son chien : l’attache
Parler à son chien par l’attache : une communication subtile
Le fait d’attacher son chien est souvent vécu comme une contrainte par les propriétaires. Pourtant énormément de choses se passent à travers une laisse ou une longe.
Une laisse tendue avec un humain stressé au bout, transmet du stress au chien de l’autre côté.
Inversement, une laisse détendue avec un humain calme au bout, va aider un chien qui peut être stressé.
Combien de fois j’entends « les rencontres avec les congénères se passent toujours mal lorsque mon chien est attaché alors que lorsqu’il est attaché, il est ingérable ».
Beaucoup d’informations peuvent passer à travers une laisse ou une longe.
La communication par l’attache est très subtile.
Parler à son chien par l’attache : se faire accompagner par un professionnel
Gérer correctement une laisse ou une longe est un véritablement apprentissage, il est primordial que vous soyez accompagné par un éducateur comportementaliste canin à jour des connaissances sur le chien et les comportements canins pour apprendre les subtilités de la communication en longe et de sa gestion.
Parler à son chien mais aussi apprendre à le comprendre
Il est souvent dit qu’il ne leur manque que la parole.
Pourtant, nos chiens nous parlent, à qui veut bien les entendre et les écouter.
Mais cela demande de l’observation, de l’empathie, de la patience.
Etes-vous prêt à rentrer dans ce monde ?
Parler à son chien, en comprenant sa communication non-verbale
Les chiens (tous les animaux) sont champions dans la communication non-verbale.
D’ailleurs, nous aussi.
La communication non-verbale est toutes les postures et les positions du corps, les mimiques du visage, les tics etc que nous employons inconsciemment lorsque nous discutons avec une personne. Bien que la lecture et la compréhension de cette communication non-verbale chez l’humain soient de moins en moins utilisées au quotidien pour faire place à la parole, cela n’empêche qu’ils donnent beaucoup d’indications sur votre état émotionnel interne.
Et chez le chien, cette communication non-verbale est bien présente. Bien qu’ils comprennent ce que nous disons, nous avons parfois du mal à les comprendre.
A nous de nous former pour savoir les observer et les comprendre. Tout comme vous rencontrez une personne qui ne parle pas votre langue, chacun de vous ferait l’effort d’apprendre la langue de l’autre pour pouvoir communiquer de façon plus fluide.
Mais cela demande de l’observation et un accompagnement par un professionnel formé au langage canin qui vous aidera à voir, à repérer, à décrire ces signes de communication et à hypothétiser une signification.
Toutes les parties du corps sont à observer d’abord dans son ensemble, puis partie par partie, dont les mimiques du visage sans chercher à interpréter ce qui est dit.
Il serait beaucoup trop long de décrire ici toutes les postures, positions, mimiques, détails que les chiens prennent pour communiquer.
Pour commencer à former votre œil à la communication canine, je vous conseille le livre de Turid Rugaas intitulé « les signaux d’apaisement ». Il s’agit du premier livre basé sur l’observation du langage canin.
Cela dit, je mets un petit bémol sur le titre car derrière le mot « apaisement » on met l’intention du chien sur le fait qu’il veuille toujours apaiser les situations et ce n’est pas toujours le cas. Je vous suggère alors de lire communication à la place d’apaisement pour une lecture et une compréhension plus justes.
Observer les signaux de communication de votre chien puis des chiens que vous croisez vous permettra d’identifier et de reconnaitre les émotions des chiens, donc de pouvoir anticiper les situations de rencontre que vous vivrez avec votre compagnon.
Parler à son chien, en comprenant ses vocalisations
Les chiens peuvent également se faire comprendre en utilisant des vocalisations.
Ils utilisent les aboiements, les grognements, les gémissements, les hurlements, les jappements et les cris.
Certains chiens utilisent toute cette panelle de vocalisations et d’autres aucun : ça dépend de l’individu, de la race, de sa génétique, de son environnement etc
Il y a très peu d’études sur les vocalisations des chiens. Cependant, il est démontré que les aboiements aigues sont reliés à des émotions dites positives et les aboiements graves sont reliés à des émotions dites négatives. Evidement, les aboiements graves / aigues dépendent également de la taille du chien. Il est alors vraiment important qu’en tant que propriétaire de chien vous sachiez reconnaitre ces 2 types d’aboiements chez le vôtre.
Parler à son chien : conclusion
Jusqu’à présent, les propriétaires n’attendaient qu’obéissance de leur chien, des sortes de machine à obéir, à faire, à dresser, à qui donner des ordres. D’ailleurs toutes ces techniques d’obéissance vont à l’encontre de la communication naturelle du chien où l’humain se tient très figé, droit, de face. Il y a alors une incohérence entre ce que nous ordonnons et nos corps.
Aujourd’hui, nous avons conscience que les chiens sont des êtres sentients et que nous voulons les comprendre, nous cherchons leur bien-être. Pour cela, la base est de les observer, d’employer leur système de communication subtile et non-verbale et leur prouver notre respect en leur parlant comme on parlerait à notre meilleur ami.
Parlez à votre chien comme vous aimeriez qu’on vous parle
FAQ : Comment parler à son chien ?
Comment dit-on bonjour dans le langage canin ?
Lorsque 2 chiens se croisent, pour commencer ils communiquent de loin et ils s’observent pour donner la permission à l’autre de s’approcher ou pas. Bien souvent, nous continuons à avancer ne permettant pas à nos chiens de se présenter de loin par les odeurs olfactives.
Lorsqu’ils se rapprochent, ils se reniflent, d’abord au niveau de la tête puis au niveau de l’arrière-train. Il peut aussi y avoir des partages de marquages urinaires et/ou fécales, communiquant encore des informations sur qui ils sont.
Quels sont les mots que les chiens comprennent ?
Selon moi, les chiens comprennent tous les mots que nous prononçons, surtout si cela les concerne.
N’avez-vous jamais remarqué que votre chien se lève lorsque vous dites « on va manger ? » ou « on va promener ? » ?
Mais le plus important est que le chien comprend le langage du cœur, comme j’aime à dire. Ce que votre cœur dira, il l’entendra.
Comment dire « je t’aime » en langage canin ?
Je vais vous parler de mon expérience.
Lorsque je dis « Arya, je t’aime » à ma chienne, lorsque je suis chez moi, elle a tendance à frotter son museau soit sur le canapé, soit dans ma main, et lorsque je suis en balade, elle se met ensuite à sautiller.
Lorsque je dis « Arya, je t’aime » à ma chienne, je sens une douce chaleur dans mon cœur qui grandit infiniment et encore plus quand je vois sa réaction à mes mots et à mon cœur.
Je reste persuadée que pour dire à son chien qu’on l’aime, il faut juste lui dire avec authenticité, en étant soi-même.